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Assis côte àcôte sur le matelas de cette chambre louée pour la nuit, deux jeunes gensrestent obstinément silencieux. Ils semblent ne pas se connaître. Elle estconcentrée sur un puzzle qui peu à peu colonise l’espace, lui n’a qu’une idéeen tête : recommencer à « faire la machine » avec elle. Ladernière fois qu’ils ont eu des relations sexuelles a également été la premièrepour chacun d’entre eux : c’était neuf mois auparavant, et elle est tombéeenceinte. Lui voulait essayer, comme pour se prouver sa nouvelle masculinité,elle s’était laissé faire. Depuis lors, ils ne se sont pas revus. Quand ellel’a appelé pour lui faire part de la situation, le sentiment de puissance qu’ila éprouvé – il était un homme – a vite cédé le pas à ce qui deviendra sonunique préoccupation : trouver une solution pour se débarrasser duproblème, « le fait qu’elle avait un truc dans le ventre. » Or« le truc », l’enfant né de cette première et unique fois, estendormi dans un panier posé non loin d’eux.
Dès le début de ce premier romanétonnant de maîtrise, le contrat de lecture est clair : l’issue duhuis-clos dont le cadre a été brillamment posé – avec une redoutable efficacitéet sans le moindre commentaire – nous sera dévoilé par le point de vue dechacun des personnages, chacun irrémédiablement enfermé en lui-même. Obsédé parles procédures froides qu’il tente de mettre en œuvre pour se sortir du piègedans lequel il estime être tombé, le jeune homme s’enferre dans une logique surlaquelle la réalité n’a pas de prise : à aucun moment, il ne veut sereprésenter les deux êtres qui viennent de faire irruption dans sa vie commedes personnes dotées d’une existence ou d’une humanité. La jeune femme, de soncôté, a parfaitement conscience de la monstruosité de la situation, mais cettemonstruosité même semble la contraindre à une forme de repli : après avoirtroqué sa virginité contre celle du jeune homme qu’elle nomme désormais« le chien », elle a laissé venir l’enfant sans apparemment se poserde questions et enfin, face à l’insistance de ce partenaire d’un jour devenupère malgré lui, malgré elle, elle a accepté de venir le retrouver pour cehuis-clos glaçant.
Timothée Zourabichvili estréalisateur : parvenant en quelques notations à créer une atmosphère et àrendre visuelles les scènes qu’il décrit, il excelle à glisser d’un point devue à un autre, comme d’un fluide mouvement de caméra, donnant à chacun de sespersonnages une épaisseur et une incarnation qui rendent d’autant pluspoignante leur extrême solitude.
Car c’est bien de cela qu’ils’agit : du vertigineux isolement de jeunes gens livrés à eux-mêmes dansun monde où personne – parents, amis, entourage, pourtant présents dans lerécit – ne leur témoigne rien d’autre que de l’indifférence.
Plomb, conte cruel et ultra contemporain, signe l’entrée en littératured’un jeune auteur sachant à merveille se faire le sismographe de son époque.