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La tour Fuksas s’élance dans le gris du ciel ; plus de 200 mètres de verre qui surplombent la vieille ville de Turin aux toits rouges et bas. Conçu en 2011, le plus haut gratte-ciel d’Italie est totalement inoccupé... Cette image turinoise n’est pas rare en Italie. Le phénomène de l’incompiuto (l’inachevé) sévit dans toute la péninsule, avec une palme d’or attribuée à la Sicile. Au total dans le pays, plus de 1000 projets d’infrastructure sont abandonnés en cours de construction : routes, écoles, hôpitaux, aéroports, complexes sportifs, HLM, parcs immobiliers de villas... La typologie est diverse, mais tous ces projets ont un point commun. Ils font partie d’un même système structurel dont le but est de capter des subventions nationales et européennes. Souvent liés à la criminalité organisée, ces projets d’infrastructures font l’objet d’appels d’offres remportés par des sociétés-écrans qui récupèrent les subventions, débutent les travaux, puis disparaissent avant la fin du chantier. Pendant près de 4 ans, Roberto Giangrande s’est consacré à recenser les sites inachevés et a réalisé des prises de vues de plus d’une centaine d’entre eux. Ses images transportent dans une récurrence de l’absurde où la mémoire des lieux ne se partage plus. En angle mort. La personne humaine est complètement absente du cadre. Pas un passant, pas une silhouette, à peine quelques voitures. Il s’avère impossible de construire des souvenirs avec les « inachevés », plaqués sur des espaces disjoints, sans aucun rapport avec eux. Ni ruine, ni monument, ni gravats, ces formes vidées de toute fonction, réduites et en même temps élevées à un pur signe, paraissent mystérieuses, suspendues dans l’espace et le temps.
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